Issue 4
Les Foules / Crowds

Les Foules / Crowds

LES FOULES

Il n’est pas donné à chacun de prendre un bain de multitude: jouir de la foule est un art; et celui–
là seul peut faire, aux dépens du genre humain, une ribote de vitalité, à qui une fée a insufflé dans
son berceau le gout du travestissement et du masque, la haine du domicile et la passion du
voyage.

Multitude, solitude: deux termes égaux et convertibles pour le poète actif et fécond. Qui ne sait
pas peupler sa solitude, ne sait pas non plus être seul dans une foule affairée.

Le poète jouit de cet incomparable privilège, qu’il peut a sa guise être lui–même et autrui.
Comme ces âmes errantes qui cherchent un corps, il entre, quand il veut, dans le personnage de
chacun. Pour lui seul, tout est vacant; et si de certaines places paraissent lui être fermées, c’est
qu’a ses yeux elles ne valent pas la peine d’être visitées.

Le promeneur solitaire et pensif tire une singulière ivresse de cette universelle communion.
Celui–la qui espouse facilement la foule connait des jouissances fiévreuses, dont seront
éternellement prives l’égoïste, ferme comme un coffre, et le paresseux, interne comme un
mollusque. Il adopte comme siennes toutes les professions, toutes les joies et toutes les misères
que la circonstance lui présente.

Ce  que  les  hommes  nomment  amour  est  bien  petit,  bien  restreint  et  bien  faible,  compare
a  cette ineffable  orgie,  a  cette  sainte  prostitution  de  l’âme  qui  se  donne  tout  entière,
poésie  et  charité,  a l’imprévu qui se montre, a l’inconnu qui passe.

Il est bon d’apprendre quelquefois aux heureux de ce monde, ne fut–ce que pour humilier un
instant leur sot orgueil, qu’il est des bonheurs supérieurs au leur, plus vastes et plus raffines. Les
fondateurs de colonies, les pasteurs de peuples, les prêtres missionnaires exiles au bout du
monde, connaissent sans doute quelque chose de ces mystérieuses ivresses; et, au sein de la vaste
famille que leur génie s’est faite, ils doivent rire quelquefois de ceux qui les plaignent pour leur
fortune si agites et pour leur vie si chaste.

CROWDS

Truth is, people can be downright ugly. You have to be a little crazy to wanna be around them
most of the time. But there’s an art to it, and once you figure that out, it’s like a fucking
carnival—rubes everywhere, and you dancing like a dervish from pocket to pocket.

But, can it last? Does it ever? Maybe Mick Jones had it right, and it’s just a question of asking.
But who do you ask? Not these fucking idiots, that’s for sure. What do they know about being
alone? I mean, look at them. And when you do—look, I mean—you realize that they don’t know
fuck–all about anything.

Don’t you get it? That’s what being a poet means—everything topsy–turvy. Completely. And
that’s the damnedest thing, because it’s only when you don’t know who you are anymore that
you’re the most you you’ll ever be. But who gives a shit about any of that, anyway? Sometimes
you just want to listen to everything crashing down around you.

And that sound? It’s a drunk’s song, which you sing to everyone whether they want to listen or
not. They can all rush home to their bullshit IKEA lives if they want to; the song’s still gonna go
on. You can hear it, right? Just there, singing out from everything around you?

Come on, love’s just that last, least bit of bullshit we tell one another to get into each other’s
pants. Beyond that, who cares? Poetry? Right, okay. But otherwise?

You see, it’s the people who think the world can’t go on without them that are the assholes.
Anyone who’s ever been hungry or who’s lived on the streets knows what I mean. People pity
you as they walk by, but they’re the ones who’re fucked. None of them gets it—you’re Christ the
tyger, and you’ve come to the temple just to swing your sword.


Charles Baudelaire w/ Translation by Derek Pollard

Charles Baudelaire w/ Translation by Derek Pollard

Charles Baudelaire (1821-1867) was a French poet, essayist and art critic. Among his principal works of poetry are Les Fleurs du Mal and Petits Poèmes en ProseTranslator Derek Pollard is a past and current contributor to AMP. His full biographical statement appears with his original contributions to this issue.